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- Une progression de 61 % depuis 2018
- Environ 2,5 millions de salariés concernés
- L’Espagne dans la moyenne basse européenne
- Une stratégie de rattrapage plus rapide que ses voisins
- Un débat économique alimenté par les organisations patronales
- Un levier pour le pouvoir d’achat et la réduction des inégalités
- Perspectives économiques et salariales pour 2026
Le salaire minimum interprofessionnel (SMI) en Espagne atteint en 2025 un montant de 1 184 euros bruts mensuels versés sur 14 mois, soit un total annuel de 16 576 euros bruts. Cette hausse de 4,4 % par rapport à 2024 correspond à une augmentation de 50 euros par mois et s’applique rétroactivement au 1er janvier 2025.
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Dans le système espagnol, les salariés reçoivent traditionnellement leur rémunération sur 14 mois, incluant deux primes supplémentaires versées en été et en décembre. Si l’employeur choisit de lisser ces primes sur 12 mois, le salaire brut mensuel atteint alors 1 381 euros. En net, le salaire perçu varie entre environ 900 euros (versement sur 14 mois) et 1 050 à 1 100 euros (versement sur 12 mois), selon le régime de cotisations et l’impôt à la source.
Le SMI fixe également des seuils pour certaines catégories de travailleurs. En 2025, le minimum journalier pour une journée complète s’élève à 39,47 euros bruts. Les travailleurs saisonniers ou temporaires employés moins de 120 jours perçoivent au minimum 56,08 euros par jour. Les employés de maison rémunérés à l’heure touchent au moins 9,26 euros bruts.
Une progression de 61 % depuis 2018
Le salaire minimum espagnol a augmenté de 61 % en sept ans. En 2018, il s’élevait à seulement 735 euros par mois sur 14 mois. Cette progression représente un gain de 448 euros mensuels, un changement majeur dans l’histoire des politiques salariales du pays.
La hausse la plus marquante a eu lieu en 2019, avec une revalorisation de 22,3 %, portant le SMI à 900 euros. Depuis, les augmentations se sont poursuivies à un rythme soutenu : +8 % en 2023, +5 % en 2024, puis +4,4 % en 2025. L’ensemble de ces évolutions s’inscrit dans l’objectif de porter le SMI à 60 % du salaire médian, en accord avec la Charte sociale européenne. Le salaire médian en Espagne étant estimé à environ 1 800 euros nets, cet objectif est aujourd’hui quasiment atteint.
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Environ 2,5 millions de salariés concernés
La revalorisation du SMI touche directement entre 2,4 et 2,5 millions de travailleurs en Espagne, soit environ 13 % de la population active salariée. Les secteurs les plus concernés sont ceux où les rémunérations sont historiquement les plus basses : agriculture, hôtellerie-restauration, tourisme et commerce.
Cette hausse représente un gain annuel d’environ 700 euros pour les salariés concernés. Les jeunes et les femmes sont surreprésentés parmi les bénéficiaires du salaire minimum, ce qui confère à cette mesure un poids particulier en matière de réduction des inégalités professionnelles.
L’Espagne dans la moyenne basse européenne
Malgré cette progression spectaculaire, l’Espagne reste dans la moyenne basse des pays de l’Union européenne disposant d’un salaire minimum légal. Calculé sur 12 mois, le SMI espagnol reste inférieur à celui de ses principaux voisins.
En 2025, le Luxembourg affiche le salaire minimum le plus élevé de l’UE (2 704 euros bruts), suivi par les Pays-Bas (2 506 euros), l’Irlande (2 340 euros), l’Allemagne (2 221 euros), la Belgique (2 112 euros) et la France (1 802 euros). L’écart avec la France, bien que réduit depuis 2018, reste de 421 euros bruts par mois, soit 30,5 %.
Cependant, ces comparaisons doivent être nuancées. Le coût de la vie en Espagne reste globalement plus faible, avec des écarts allant de 10 à 25 % selon les postes de dépenses, en particulier pour le logement, l’alimentation et les services.
Une stratégie de rattrapage plus rapide que ses voisins
Entre 2018 et 2025, l’Espagne a connu la progression du SMI la plus forte parmi les grandes économies européennes. Alors que la France a vu son SMIC augmenter de 18 % sur la même période, l’Espagne enregistre une hausse de 61 %. L’Allemagne (+36 %), l’Irlande (+33 %) et les Pays-Bas (+31 %) affichent une croissance bien plus modérée.
Cette dynamique s’aligne sur la directive européenne sur les salaires minimums adéquats, adoptée en 2022 et validée par la Cour de justice de l’Union européenne en novembre 2025. Le texte recommande que les salaires minimums atteignent au moins 60 % du salaire médian et 50 % du salaire moyen.
Le gouvernement espagnol s’est engagé à respecter ce cadre, ce qui implique une poursuite des hausses du SMI à moyen terme, indépendamment des cycles politiques.
Un débat économique alimenté par les organisations patronales
La politique de revalorisation rapide du SMI suscite une opposition constante du patronat. Les principales organisations, la CEOE et la Cepyme, n’ont pas signé l’accord de 2025, comme lors des négociations précédentes.
Elles estiment que ces hausses fragilisent particulièrement les petites entreprises des secteurs à faible productivité. L’augmentation du coût du travail, selon elles, exerce une pression sur les marges et pourrait freiner la création d’emplois.
Les effets réels restent toutefois limités. Les prévisions alarmistes avancées entre 2018 et 2022, qui anticipaient la destruction de plus de 200 000 emplois, ne se sont pas confirmées. En 2025, l’OCDE estime que la probabilité de rester employé a été réduite de seulement 0,6 %, soit environ 18 000 emplois affectés. La Banque d’Espagne avait quant à elle prévu une perte de 6 000 à 11 000 emplois.
Les chiffres de l’emploi contredisent ces scénarios. Depuis 2018, l’Espagne a créé environ 2,3 millions d’emplois. Le taux de chômage est passé de 14,5 % à 10,45 % au troisième trimestre 2025, avec un plus bas à 10,29 % en juin, son niveau le plus faible depuis 2008.
Un levier pour le pouvoir d’achat et la réduction des inégalités
La hausse du SMI vise clairement à améliorer le pouvoir d’achat des salariés les plus modestes. Entre 2017 et 2022, le pouvoir d’achat du salaire minimum a progressé de 23,6 %. Dans le même temps, le salaire moyen par tête et les salaires négociés ont reculé respectivement de 2,7 % et 3,5 %.
Cette évolution intervient dans un contexte d’inégalités sociales persistantes. En 2024, plus de 86 % des Espagnols se disaient préoccupés par les inégalités, et près de 50 % estimaient qu’elles s’étaient aggravées au cours de la décennie. Les populations rurales et les familles urbaines en situation de précarité restent particulièrement exposées.
La revalorisation du SMI constitue un outil important pour lutter contre ces écarts, même si d’autres facteurs structurels comme la segmentation du marché du travail, la précarité des contrats et le coût du logement continuent de limiter son effet réel.
Perspectives économiques et salariales pour 2026
L’environnement économique actuel permet d’envisager une poursuite de la revalorisation salariale. Le ministère de l’Économie prévoit une croissance du PIB de 2,6 % en 2025, avec une estimation de 2,2 % pour 2026. L’inflation, légèrement supérieure aux prévisions (3,1 % en octobre), devrait revenir à un niveau plus stable l’an prochain.
Le marché du travail reste robuste, porté notamment par un secteur touristique dynamique. Ces conditions offrent au gouvernement des marges de manœuvre pour poursuivre sa politique salariale.
Une nouvelle augmentation du SMI est d’ores et déjà prévue pour 2026. Elle s’accompagnera d’une réforme réglementaire destinée à empêcher certaines entreprises de compenser les hausses par des ajustements dans d’autres composantes de la rémunération.


