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Installer des bornes de recharge pour véhicules électriques, sans tranchées, sans génie civil, sans délais interminables ? C’est le pari de Mob-Energy. Avec sa plateforme modulaire Eiko, la PME lyonnaise entend accélérer la transition énergétique là où les infrastructures classiques peinent à suivre. En plein durcissement réglementaire, elle avance ses pions comme un acteur agile et déjà incontournable du paysage électromobile.
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Une boîte à énergie posée en trois jours
Derrière Mob-Energy, trois ingénieurs formés à l’INSA Lyon : Salim El Houat, aujourd’hui PDG, Ilyass Haddout et Maxime Roy. Ensemble, ils lancent en 2018 une solution à contre-pied des standards du marché. Leur produit phare, Eiko, condense tout ce qu’une borne classique réclame en plusieurs mois : stockage, gestion logicielle, et jusqu’à 25 points de recharge. Le tout dans un cube préfabriqué, déployable en trois jours, sans pelleteuse ni travaux lourds.
L’innovation est autant technique que logistique. Là où il faut habituellement attendre des raccordements complexes, Mob-Energy contourne le problème en stockant l’électricité localement. « On installe en surface, on raccorde en basse puissance, et on libère de la charge rapide là où elle est utile », explique Salim El Houat.
Stocker pour délivrer, sans tirer sur le réseau
Au cœur du système, un principe de bon sens : découpler le moment où l’électricité est tirée du réseau et celui où elle est utilisée. Eiko prélève l’énergie en heures creuses, la stocke dans des batteries, et la restitue en journée selon la demande. Résultat : un site équipé peut délivrer jusqu’à 60 kW de puissance en ne consommant que 10 kW en instantané. Enedis, qui a déjà équipé plusieurs de ses sites, fait fonctionner 15 points de recharge avec 5 kW de puissance souscrite. Inimaginable avec une installation classique.
La technologie repose sur des batteries reconditionnées issues de véhicules électriques. Elles conservent 80 % de leur capacité utile, suffisamment pour alimenter des bornes pendant plusieurs années. Un choix assumé : moins d’extraction de matières premières, moins de dépendance au lithium, plus de résilience industrielle.
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Le bon produit au bon moment
La réglementation donne un sérieux coup de pouce. Depuis janvier 2025, la loi LOM impose des obligations d’équipement pour tous les parkings de plus de 20 places. De quoi alimenter un marché en forte accélération. En 2024, plus de 400 000 véhicules électriques ont été immatriculés en France. Et Bruxelles vise 8,8 millions de bornes publiques dans l’UE d’ici à 2030.
Mob-Energy s’est donné les moyens d’en profiter. Deux levées de fonds, 25 millions d’euros au total, lui ont permis de structurer sa production et de viser l’échelle industrielle. En 2024, l’entreprise a plus que doublé son chiffre d’affaires, atteignant 2,4 millions d’euros, avec 60 salariés et huit unités Eiko produites chaque mois.
Mais Mob-Energy ne se contente plus de vendre des équipements. En 2025, elle change de modèle avec la création de sa filiale Mob-Energy Infra. Objectif : passer d’une logique de vente à une offre intégrée de services, sous forme de Battery-as-a-Service. Autrement dit, le client ne paie plus pour l’infrastructure, mais pour l’énergie délivrée. Un modèle locatif plus souple, plus prévisible, et plus compatible avec les stratégies d’externalisation des grandes entreprises.
Ce pivot s’accompagne d’un renforcement de l’équipe dirigeante : Patrick Cason, ex-Sigfox, prend la direction commerciale pour porter la nouvelle stratégie B2B.
Des clients industriels et un terrain déjà conquis
Le modèle séduit. Renault Trucks a déployé 39 points de charge sur deux de ses sites industriels. Enedis a équipé ses bases de Chambéry et Clermont-Ferrand, saluant la performance énergétique du système. Même la grande distribution s’y met : à Autun, le magasin E.Leclerc a installé en quelques jours un système de recharge ouvert à ses clients. Sans trancher le bitume, sans couper le parking.
L’histoire ne commence pas avec Eiko, mais avec Charles. Ce robot autonome développé par Mob-Energy entre 2020 et 2021 savait localiser un véhicule et venir le recharger tout seul. Testé chez Enedis, Parcus, Veolia et Interparking, Charles a posé les premières briques technologiques du pilotage intelligent et de l’automatisation. Le projet reste en sommeil, mais constitue toujours une vitrine pour des usages plus complexes.
À la conquête du stockage décentralisé
Après la France, l’entreprise regarde vers la Belgique et la Suisse. Plus largement, elle se positionne désormais comme un opérateur de stockage local intelligent, pour les collectivités, les zones industrielles ou les projets territoriaux. L’enjeu dépasse la simple recharge : il s’agit d’optimiser l’énergie là où elle est consommée, avec des ressources existantes.


