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Contrairement à la France, l’Autriche ne dispose pas de salaire minimum légal. Pourtant, près de 95 % des salariés du pays bénéficient d’un revenu minimal garanti par des accords sectoriels. Décryptage d’un système sans SMIC national, mais à la couverture quasi universelle.
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Un modèle sans SMIC légal, mais encadré par les conventions collectives
L’Autriche fait partie des six pays de l’Union européenne – avec le Danemark, la Finlande, la Suède, l’Italie et Chypre – qui ne disposent pas de salaire minimum national imposé par la loi. Cette absence repose sur un système de négociation collective par branche, où les partenaires sociaux fixent les salaires minimaux applicables dans chaque secteur.
Ce modèle est structuré autour d’un partenariat institutionnalisé entre les syndicats, notamment la Confédération autrichienne des syndicats (ÖGB), et les organisations patronales regroupées au sein de la Chambre économique autrichienne (Wirtschaftskammer Österreich). Toutes les entreprises sont tenues d’y adhérer, ce qui garantit une large couverture du système.
Quel est le niveau du salaire minimum en Autriche ?
Les conventions collectives sectorielles fixent actuellement des salaires minimaux compris entre 1 700 et 2 000 euros bruts mensuels. Ces montants sont généralement versés quatorze fois par an, ce qui correspond à une rémunération mensuelle moyenne reconstituée d’environ 1 983 euros bruts. Ce système intègre deux primes annuelles supplémentaires : une prime de vacances versée en été et une prime de Noël en fin d’année.
À titre de comparaison, le SMIC brut en France s’élève à 1 801,80 euros mensuels en novembre 2025. En termes de salaire moyen, un salarié autrichien perçoit environ 52 000 euros bruts par an, soit entre 20 % et 25 % de plus qu’un salarié français, dont le salaire moyen annuel est de 38 184 euros.
Salaires minimaux : des disparités entre les secteurs
Bien que les conventions collectives couvrent la quasi-totalité des salariés, les niveaux de rémunération minimale varient fortement d’un secteur à l’autre. Dans les secteurs du commerce de détail ou de l’hôtellerie, les salaires d’entrée sont parfois inférieurs à la moyenne nationale. À l’inverse, des secteurs comme la construction proposent des salaires minimaux plus élevés, pouvant atteindre 14,20 euros de l’heure, soit environ 2 300 euros bruts par mois.
Les conventions définissent également les éléments qui composent la rémunération : salaire de base, primes, suppléments, et paiements exceptionnels. Les deux mois supplémentaires, prévus dans la majorité des accords, sont considérés comme des composantes standard du salaire annuel.
Le respect des montants fixés par les conventions collectives est obligatoire. Un employeur ne peut proposer un salaire inférieur à celui défini par l’accord sectoriel, sous peine de sanctions pénales. Les salariés peuvent faire valoir leurs droits devant les juridictions du travail et les tribunaux sociaux, ce qui renforce l’effectivité de la protection salariale.
L’Autriche dans le paysage européen des salaires
Sur le plan européen, l’Autriche se situe dans la partie haute du classement des rémunérations, sans toutefois atteindre les niveaux du Luxembourg, où le salaire minimum s’élève à 2 704 euros mensuels en 2025. En comparaison, la Bulgarie affiche un salaire minimum de 551 euros, et l’Allemagne, voisine de l’Autriche, fixe son SMIC à 12,82 euros brut de l’heure, soit environ 2 221 euros par mois.
Lorsque les niveaux de salaire sont ajustés au pouvoir d’achat, les écarts entre pays tendent à se réduire. Cette approche, utilisée par Eurostat, permet d’évaluer plus finement le niveau de vie réel associé à chaque rémunération minimale.
Inégalités de genre : un défi persistant
Malgré la forte structuration du système salarial, l’Autriche enregistre l’un des plus forts écarts salariaux de genre de l’Union européenne. En 2025, les femmes y gagnent en moyenne 18,3 % de moins que les hommes pour un emploi à temps plein, un écart dépassé uniquement par la Lettonie.
Les syndicats, en particulier le syndicat vida, considèrent les conventions collectives comme un levier clé pour réduire ces écarts. Néanmoins, les résultats restent insuffisants pour combler durablement les inégalités salariales entre les sexes.
Vers un SMIC légal en Autriche ? Un débat toujours ouvert
La question de l’instauration d’un salaire minimum légal fait régulièrement l’objet de débats en Autriche. L’ÖGB plaide depuis plusieurs années pour un seuil légal à 1 700 euros, tandis que le syndicat vida appelle à garantir un plancher d’au moins 1 500 euros dans tous les secteurs.
En novembre 2025, la Cour de Justice de l’Union européenne a validé la directive européenne sur les salaires minimums. Ce texte n’impose pas aux pays sans SMIC légal d’en instaurer un, mais encourage le renforcement de la négociation collective afin de garantir à tous les travailleurs un niveau de vie décent.


