SMIC : à combien s’élève le salaire minimum au Japon ?

Revalorisation historique, convergence régionale, objectif 2030 : découvrez comment le Japon redessine son SMIC à la japonaise, le Saitei Chingin.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Le Japon applique un système de salaire minimum unique en son genre, fondé sur une logique régionale. Contrairement au SMIC français, qui fixe un seuil national uniforme, le salaire minimum japonais – appelé Saitei Chingin – varie selon les 47 préfectures. Cette approche reflète les disparités économiques locales, tout en posant des défis croissants à l’échelle nationale.

A LIRE AUSSI
SMIC : à combien s’élève le salaire minimum aux États-Unis ?

Un système régional et sectoriel hérité de 1968

Instauré par la loi sur le salaire minimum (Saitei Chingin Hō), le dispositif japonais repose sur deux piliers : un salaire minimum régional applicable à chaque préfecture, et un salaire minimum sectoriel ciblant certaines industries. Révisée en 1968 puis modifiée en profondeur en 2007, la loi donne une large autonomie aux autorités locales pour adapter les niveaux à la réalité économique et au tissu productif de chaque territoire.

Chaque année, un Conseil central, rattaché au ministère du Travail, émet des recommandations après consultation entre représentants syndicaux, patronaux et universitaires. Ces recommandations, bien que non contraignantes, sont systématiquement suivies.

Une hausse record de 6,3 % en 2025

En août 2025, le Conseil central a recommandé une revalorisation moyenne de 66 yens, portant la moyenne nationale de 1 055 à 1 121 yens de l’heure (≈6,23 €). Cette augmentation de 6,3 % constitue la plus forte progression annuelle depuis l’adoption du système actuel en 2002.

Cette révision dépasse un seuil symbolique : pour la première fois, toutes les préfectures appliquent un salaire minimum supérieur à 1 000 yens de l’heure. L’indice d’écart entre les plus hauts et les plus bas niveaux régionaux s’est resserré à 83,4 %, confirmant une dynamique de convergence territoriale engagée depuis plus d’une décennie.

Écarts salariaux entre les préfectures japonaises en 2025

Tokyo reste la préfecture la mieux rémunérée avec un SMIC de 1 226 yens de l’heure, suivie de près par Kanagawa (1 225 yens) et Osaka (1 177 yens). Ces grandes métropoles franchissent pour la première fois le seuil des 1 200 yens, confirmant leur statut de pôles économiques à forte attractivité.

À l’autre extrémité du classement, les préfectures rurales comme Kochi, Miyazaki ou Okinawa affichent un salaire minimum de 1 023 yens de l’heure, soit 203 yens de moins que Tokyo. En 2025, ce sont pourtant ces territoires – regroupés dans la catégorie C – qui ont bénéficié des hausses les plus importantes en valeur absolue. Kumamoto, par exemple, enregistre une augmentation de 82 yens (+8,6 %).

Cette politique vise explicitement à réduire les inégalités régionales et à ralentir l’exode rural dans un contexte de déclin démographique.

Des dates d’application étalées sur six mois

Fait inédit : les dates d’entrée en vigueur du nouveau salaire minimum sont particulièrement étalées. Certaines préfectures comme Tochigi ont mis en œuvre la hausse dès le 1er octobre 2025, tandis qu’Akita ne l’appliquera que le 31 mars 2026. Cet échelonnement reflète les arbitrages entre les impératifs de revalorisation et les contraintes financières exprimées localement par les entreprises.

Pouvoir d’achat réel et équivalent mensuel du SMIC japonais

Sur la base d’une semaine de travail standard de 40 heures, le salaire minimum brut mensuel s’établit autour de 194 000 yens à l’échelle nationale (≈1 079 €). À Tokyo, il atteint 212 000 yens (≈1 180 €), contre 177 000 yens (≈984 €) dans les préfectures rurales.

Cependant, ces chiffres doivent être lus à la lumière du contexte inflationniste. Les salaires réels ont reculé pendant neuf mois consécutifs jusqu’en septembre 2025, avec une baisse de 1,4 % sur un an. Cette dégradation du pouvoir d’achat a largement motivé l’ampleur des revalorisations proposées cette année.

Un écart significatif avec le SMIC français

Le SMIC français reste nettement supérieur, à 11,88 € de l’heure en janvier 2025, soit un salaire brut mensuel de 1 802 € pour 35 heures hebdomadaires. Cela représente un différentiel horaire de plus de 90 % avec la moyenne japonaise.

Néanmoins, une comparaison directe doit intégrer le coût de la vie. Selon l’OCDE, le revenu moyen disponible ajusté net par ménage au Japon reste inférieur à celui de la France et de la moyenne des pays de l’organisation.

Objectif gouvernemental : 1 500 yens de l’heure d’ici 2030

Le Premier ministre Shigeru Ishiba a fixé un objectif ambitieux : porter le salaire minimum moyen à 1 500 yens de l’heure d’ici 2030, soit environ 8,33 €. Cette cible suppose une augmentation d’environ 42 % en cinq ans. Pour y parvenir, le Japon devra maintenir un rythme annuel de revalorisation d’au moins 7 %, supérieur à celui de 2025.

Le gouvernement justifie cette orientation par plusieurs priorités : soutenir le pouvoir d’achat face à l’inflation, encourager la consommation intérieure et limiter l’émigration de la main-d’œuvre qualifiée, amplifiée par la faiblesse persistante du yen.

Les PME face à un défi de soutenabilité

Si les syndicats saluent ces hausses, les petites et moyennes entreprises expriment des inquiétudes. Elles représentent 70 % de l’emploi national mais disposent de marges de manœuvre plus réduites. Alors que les grandes entreprises consacrent environ 30 % de leurs profits aux salaires, ce ratio grimpe à 70 à 80 % chez les PME.

Selon une enquête de la Chambre de commerce de Tokyo, près de 70 % des PME estiment que les niveaux actuels du SMIC affectent négativement leur activité. Pour accompagner cette transition, l’exécutif a prévu des aides ciblées : subventions à la productivité, soutien à la digitalisation, et facilités de crédit.

Crise démographique et ouverture migratoire

Le Japon fait face à un déclin démographique structurel. Le taux de fécondité est tombé à 1,15 enfant par femme en 2024, tandis que 29,3 % de la population a plus de 65 ans. Selon les projections, le pays pourrait perdre entre 9,5 et 11 millions de travailleurs d’ici 2040.

Cette pression sur le marché du travail pousse les salaires à la hausse, notamment dans les secteurs en tension comme la santé, la construction ou l’agriculture. En réponse, le gouvernement a assoupli sa politique migratoire. Le pays comptait 3,77 millions d’étrangers en situation régulière en 2024, contre 2,12 millions dix ans plus tôt.

Le Shunto 2025 : accélérateur de la dynamique salariale

En parallèle du SMIC, les négociations collectives de printemps – Shunto – ont contribué à la dynamique salariale. En 2025, les entreprises affiliées à Rengo ont accordé une hausse moyenne de 5,46 %, la plus forte depuis 1991. Hitachi a relevé les salaires de 6,2 %, tandis que Toyota a maintenu des niveaux proches de 2024.

Les PME, en revanche, peinent à suivre. L’augmentation moyenne s’y limite à 4,45 %, contre 5,10 % pour les grandes entreprises. Cet écart souligne les difficultés persistantes de répartition de la richesse au sein du tissu économique.

Un rapprochement partiel avec les standards européens

Avec une trajectoire de revalorisation soutenue, le Japon se rapproche progressivement des niveaux de salaire minimum pratiqués en Europe. Si l’objectif de 1 500 yens est atteint d’ici 2030, le SMIC japonais avoisinera 8 à 9 euros de l’heure selon les fluctuations monétaires. Ce niveau reste inférieur à celui de la France ou de l’Allemagne, mais marquerait une rupture nette avec la stagnation salariale des décennies passées.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire