Afficher le sommaire Masquer le sommaire
Fin décembre 2025, la France ne s’est toujours pas dotée d’un budget. L’échec de la commission mixte paritaire le 19 décembre a laissé le Parlement sans compromis entre l’Assemblée et le Sénat. Une loi spéciale, adoptée dans l’urgence le 23 décembre, autorise tout juste l’État à continuer de percevoir l’impôt et à faire fonctionner les services publics. En attendant le budget final, promis pour janvier, les règles fiscales de 2025 s’appliquent telles quelles aux revenus de 2025, déclarés en 2026.
Un barème inchangé malgré l’inflation
Résultat : le barème progressif reste gelé. La première tranche, jusqu’à 11 497 euros par part, reste à 0 %. Entre 11 497 et 29 315 euros, on paie 11 %, puis 30 % entre 29 315 et 83 823 euros, 41 % jusqu’à 180 294 euros, et enfin 45 % au-delà. Rien n’a été revalorisé, malgré une inflation d’environ 0,9 % hors tabac en 2025.
Ce gel casse la mécanique d’indexation automatique en vigueur depuis 1969. Et comme les revenus, eux, ont continué de progresser, le fisc capte davantage. L’exécutif lui-même l’avait anticipé : 200 000 foyers de plus deviendraient imposables, avec un gain budgétaire estimé à 1,9 milliard d’euros.
Combien faut-il gagner pour ne pas être imposé ?
Le seuil d’entrée dans l’impôt varie selon la configuration familiale. Pour un célibataire (1 part), il faut avoir gagné moins de 19 376 euros de salaires déclarés pour rester sous le seuil de recouvrement de 61 euros. Ce seuil intègre l’abattement de 10 % sur les revenus et l’effet de la décote. Un euro de plus, et l’impôt devient exigible. Pour un couple sans enfant (2 parts), le plafond de non-imposition atteint 32 572 euros de revenu net imposable. Avec un enfant (1,5 part), le seuil est à 23 187 euros.
À quel moment l’impôt devient vraiment lourd ?
Mais la question centrale reste celle-ci : à partir de quel niveau de revenu la charge fiscale devient-elle réellement lourde ?
Le premier seuil sensible est celui de la tranche à 30 %, à partir de 29 315 euros de revenu net imposable par part. Pour un salarié célibataire, cela équivaut à environ 32 572 euros de salaires annuels bruts. À ce niveau, l’impôt brut s’élève à 2 165 euros, soit un taux moyen de 7,2 %. C’est là que la pente commence à se redresser nettement.
Le deuxième palier important se situe à 83 823 euros de revenu imposable par part, soit près de 93 137 euros de salaires bruts, toujours pour un célibataire. Chaque euro gagné au-delà est taxé à 41 %. Ce seuil se situe au-dessus du neuvième décile : seuls les 10 % les mieux rémunérés le dépassent.
Enfin, les 45 % s’appliquent à la fraction de revenus excédant 180 294 euros par part. Ce niveau correspond à un salaire déclaré supérieur à 200 000 euros. À ce stade, l’impôt n’est plus seulement progressif, il devient massif.
Une charge concentrée sur les hauts revenus
La concentration de l’impôt suit la même logique. Sur 40,7 millions de foyers fiscaux, seuls 18,2 millions paient effectivement l’impôt sur le revenu. Mais les 10 % les plus aisés en assument l’essentiel avec un taux moyen autour de 15 %. Quant aux 0,1 % les plus riches, ils acquittent à eux seuls 13 % de l’impôt total.
Dans ce contexte, la question de l’ajustement du barème n’est pas anodine. Elle alimente les tensions fiscales : selon une enquête publiée en août 2025, 66 % des Français jugent leurs impôts trop élevés. Un ressenti nourri par un niveau de prélèvements obligatoires qui frôle les 45,4 % du PIB.
À l’automne, les discussions parlementaires ont envisagé plusieurs scénarios : reconduction intégrale du barème, indexation partielle sur la première tranche, ou revalorisation complète. Le sort en sera décidé dans le budget définitif attendu en janvier. Mais en attendant, l’impôt progresse, par inertie.


