Le Rafale Marine, conçu pour l’extrême

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Quand on parle d’avion embarqué, on parle d’un monde à part. Un monde où le bitume est remplacé par une piste de 75 mètres. Où l’on décolle en deux secondes, freiné par la mer et les lois de la physique. Le Rafale Marine n’est pas une adaptation : c’est un pur-sang conçu dès le départ pour cet univers sans filet.

Une hérésie transformée en démonstration de force

Dans les années 1990, le pari paraît absurde. Faire apponter un avion à aile delta sur un porte-avions, c’est comme vouloir garer un poids lourd sur une place de Smart. La Marine nationale doute. Dassault persiste. La solution : commandes de vol électriques, plans canards mobiles, et une aérodynamique retravaillée au scalpel pour ralentir un appareil né pour la vitesse. Le 30 avril 1987, le pilote d’essai Yves Kerhervé prouve que c’est possible. Il simule un appontage sur le Clemenceau et interrompt la manœuvre à 50 centimètres du pont. L’image est restée dans les têtes.

A LIRE AUSSI
Le futur porte-avions français sera le plus grand navire militaire d’Europe

Le 12 décembre 1991, le Rafale M01 décolle pour la première fois. Lourd, renforcé, épaissi. Cinquante campagnes de catapultage plus tard – aux États-Unis, faute d’équipement en Europe – le 19 avril 1993, le premier appontage réel sur le Foch enterre les derniers doutes. Le Rafale Marine entre en service en 2002. Depuis, il ne l’a jamais quitté.

Un avion plus lourd, plus solide, plus cher

L’embarqué impose ses propres lois. Le Rafale Marine les respecte. Il pèse 850 kilos de plus que son jumeau terrestre, le Rafale C. Une cellule renforcée, des trains d’atterrissage conçus pour encaisser des chocs verticaux de 6,5 mètres par seconde. La masse maximale au décollage atteint 24,5 tonnes. Mais il doit revenir sous les 13,5 tonnes pour apponter. Pas de place pour l’approximation : chaque kilo de carburant ou d’armement compte.

Même silhouette, mais pas les mêmes entrailles. Le Rafale Marine conserve quatorze points d’emport, mais la configuration du train avant impose des ajustements. La cellule, à 70 % composite, offre un rapport masse-vide/masse maximale bien supérieur à une structure métallique. La surveillance de la fatigue se fait sans jauge : capteurs intégrés, données en temps réel, maintenance prédictive. C’est une mécanique de précision.

Décoller à la catapulte, encaisser l’impact

Le catapultage est un art brutal. Une barre de titane fixée au train avant, un brin d’arrêt taré à 35 tonnes, huit cents kilos de vapeur d’eau. Résultat : 20 tonnes projetées à 250 km/h en deux secondes. Le train avant « sauteur » relâche son énergie en une impulsion verticale pour aider au décollage. Le pilote subit 5,5 G. Pendant ce temps, les moteurs sont refroidis par de l’eau de mer injectée via un circuit secondaire.

Puis il faut revenir. La piste n’offre qu’une centaine de mètres. Le pilote débute son approche à 600 pieds, descend sur une pente de 27°, vise une incidence de 13°. Trois brins d’arrêt tendus au sol : la crosse d’appontage doit en accrocher un. S’il échoue, il doit repartir aussitôt. Gaz à fond dès le contact. Pas de deuxième chance. Chaque manœuvre est suivie par les officiers d’appontage. À la moindre irrégularité : remise de gaz obligatoire.

Un outil militaire polyvalent, exportable, adaptable

Le Rafale Marine n’est pas un gadget. Il sait tout faire : supériorité aérienne, frappe en profondeur, appui au sol, assaut naval, dissuasion nucléaire. Il emporte des missiles MICA, METEOR, SCALP, AASM. La dissuasion passe par l’ASMP-A. La protection, elle, repose sur SPECTRA, le système de guerre électronique maison, capable de détecter, brouiller, leurrer.

La Marine nationale exploite 41 exemplaires. Un de plus est dédié aux essais. L’Inde en a commandé pour équiper le Vikrant, son nouveau porte-avions. Le Rafale Marine est devenu, en toute discrétion, le premier avion embarqué jamais exporté par la France. Il a volé au-dessus de l’Afghanistan, de la Libye, du Levant, de la mer Baltique. Et il n’en a pas fini.

Le standard F5 doit entrer en service en 2030. À bord : appontage automatique, combat collaboratif, drones de combat téléopérés depuis le cockpit. En ligne de mire, le futur porte-avions français, équipé de catapultes électromagnétiques. Un autre monde. Mais le Rafale Marine est déjà calibré pour l’affronter.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire