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Les États-Unis voulaient sa tête depuis longtemps. Ils viennent de l’avoir. Nicolás Maduro a été capturé dans la nuit de vendredi à samedi, au cours d’une opération américaine officieusement confirmée, officiellement tue. Son épouse, Cilia Flores, a été arrêtée avec lui. Quelques heures plus tard, la procureure générale Pamela Bondi annonce leur inculpation pour narcoterrorisme et complot international. Le président vénézuélien, toujours en exercice, est désormais assigné à comparaître devant le tribunal fédéral de New York.
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Un cartel d’État organisé autour du pouvoir
Les accusations sont lourdes : complot en vue d’importer de la cocaïne, détention d’armes automatiques, soutien logistique à une organisation terroriste, conspiration contre les États-Unis. Washington le désigne désormais comme un « trafiquant de drogue international présumé ». L’acte d’accusation évoque une conspiration remontant à 1999. Objectif : inonder le marché nord-américain avec des cargaisons de cocaïne expédiées depuis le Venezuela.
Les procureurs décrivent une organisation structurée, baptisée Cartel de los Soles, impliquant militaires, espions, ministres. En face, les FARC colombiennes, partenaires et fournisseurs. Les échanges sont simples : protection militaire contre expéditions de drogue. Avions, pistes clandestines, ports civils, tout un appareil d’État mis au service du trafic.
Des primes à hauteur d’un chef d’État
L’hostilité entre Caracas et Washington ne date pas d’hier, mais le ton est monté d’un cran en 2020. Les États-Unis offrent alors 15 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation de Maduro. La prime monte à 25 millions en janvier 2025, puis à 50 millions en août. Une somme sans précédent dans l’histoire du Narcotics Rewards Program.
Dans le même temps, les sanctions tombent. En juillet 2025, l’OFAC désigne le Cartel de los Soles comme entité terroriste. Le groupe est accusé de fournir un appui matériel au cartel mexicain de Sinaloa et au gang vénézuélien Tren de Aragua. En novembre, le département d’État annonce vouloir classer officiellement le cartel comme organisation terroriste étrangère.
Le Venezuela sur la carte des routes de la cocaïne
Cette construction juridique s’appuie sur une réalité géographique : le Venezuela est sur la route de la drogue. Dès les années 2000, l’ONUDC note une intensification des flux de cocaïne à destination de l’Europe depuis les ports vénézuéliens. Navires commerciaux ou bateaux rapides : les cargaisons partent régulièrement des côtes, en direction des Pays-Bas ou de l’Espagne via les Caraïbes.
Depuis les années 2010, les routes se sont diversifiées. La cocaïne part toujours de Colombie, du Pérou, de Bolivie, mais transite désormais aussi par le Mexique, l’Équateur ou l’Amérique centrale. Le Venezuela conserve une place importante dans ces itinéraires, notamment sur sa façade maritime. Plus de 70 % des cargaisons saisies dans les Antilles auraient un lien direct avec son littoral, selon les données régionales.
Un « pays de transit majeur » pour Washington
À Washington, les rapports officiels classent le pays comme « zone de transit majeure » depuis 2005. Les reproches sont constants : absence de coopération, impunité, tolérance aux cartels. En 2023 et 2025, les rapports de l’INCSR parlent d’un État ayant « manifestement échoué » à remplir ses obligations en matière de lutte antidrogue.
Mais les chiffres modèrent l’image d’un Venezuela central dans le narcotrafic mondial. En 2018, 210 tonnes de cocaïne auraient transité par le pays, contre 1 400 tonnes pour le seul Guatemala. Entre 2012 et 2017, les flux vénézuéliens passent de 159 à 249 tonnes, alors que ceux de Colombie explosent, de 918 à 2 478 tonnes.
Le Washington Office on Latin America (WOLA) souligne un point : la montée en puissance du Venezuela reflète avant tout l’explosion de la production colombienne. Environ 90 % de la cocaïne à destination des États-Unis continuerait à transiter par l’ouest des Caraïbes ou le Pacifique, sans passer par Caracas.
Des estimations accusatrices mais controversées
D’autres rapports vont plus loin. L’Index mondial du crime organisé classe le Venezuela parmi les pays producteurs et exportateurs, évoquant des plantations dans certaines zones frontalières. Transparencia Venezuela, en s’appuyant sur des données de la Sunad, estime que 639 tonnes de cocaïne ont traversé le pays en 2023, générant 8,2 milliards de dollars pour l’économie criminelle.
Des chiffres contestés. Le gouvernement vénézuélien affirme que le pays ne produit pas de coca, que les saisies annuelles tournent entre 40 et 52 tonnes, et que les avions clandestins sont régulièrement abattus. Caracas revendique sa coopération avec l’ONUDC, et accuse Washington d’utiliser la drogue comme prétexte politique.
Duel entre narco-État et complot impérialiste
Les deux récits s’affrontent frontalement. Pour les États-Unis, Maduro dirige un narco-État, abritant un cartel d’État déguisé. Pour Caracas, l’affaire est un montage destiné à justifier une opération de déstabilisation. Le débat est gelé en l’absence d’un procès conduit à son terme.


