Pornhub : 100 millions de comptes exposés après une fuite inédite

Une faille chez un sous-traitant de Pornhub a exposé les données de navigation de millions d’utilisateurs dans le monde.

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C’est un signal faible qui hurle très fort. La fin de l’année 2025 a vu un choc discret mais potentiellement dévastateur : le piratage de Pornhub. Le site canadien, mastodonte mondial du porno en ligne, s’est fait dérober des données liées à 100 millions de comptes. Pas une attaque technique spectaculaire, pas de ransomwares destructeurs, mais une faille silencieuse qui ouvre sur une menace d’un autre ordre. Plus insidieuse. Plus intime.

Car ici, la donnée ne vaut pas pour sa valeur commerciale. Elle pèse pour son pouvoir de nuisance. Les pirates n’ont pas ciblé des secrets industriels, des brevets ou des numéros de cartes bancaires. Ils ont visé les habitudes sexuelles. Des historiques de consultation, des mots-clés, des localisations, des vidéos regardées. Ce que l’on cherche quand on pense être seul.

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L’envers du clic

Pornhub, ce n’est pas un recoin obscur du Web. C’est une autoroute à six voies. Un des sites les plus consultés au monde, avec ses 100 millions de visites par jour. Une partie de ce trafic s’effectue en mode incognito. L’autre, plus confidentielle, passe par des comptes Premium : navigation sans pub, vidéos en meilleure qualité, fonctionnalités élargies. C’est cette zone qui a été touchée. Et qui alimente aujourd’hui une peur très rationnelle.

Le site n’a pas été directement hacké. Ce sont des données manipulées par un prestataire tiers, Mixpanel, qui ont été siphonnées. Pornhub minimise. Les mots de passe et les informations de paiement n’auraient pas été touchés. Mais dans ce genre de cas, ce n’est pas le compte bancaire qui est le plus sensible, c’est la trace. Là où l’on clique, ce que l’on regarde, combien de temps. Des données invisibles, invisibles jusqu’à ce qu’elles soient révélées.

La faille n’est pas que technique. Elle est structurelle. Le piratage de Pornhub révèle un angle mort de la cybersécurité : les outils d’analyse intégrés à la chaîne de service. Mixpanel est utilisé par des milliers de sites. Il suffit d’un maillon faible pour ouvrir une brèche. Et ici, cette brique périphérique est devenue le point d’entrée d’une opération aux conséquences difficilement maîtrisables.

Une mémoire très précise

Le site BleepingComputer parle de 94 Go de données. Exactement 201 211 943 enregistrements. Activités de recherche, visionnage, téléchargement. L’adresse e-mail, l’heure, l’URL, les mots-clés. L’hyper-précision du vol pose un problème spécifique : elle permet des recoupements. Un individu peut être identifié. Un profil peut être reconstitué. Une intimité peut être exposée.

Les données dérobées ici concernent non pas des messages ou des pseudonymes, mais des comportements détaillés. Dans certains pays, cela peut valoir l’emprisonnement. Ailleurs, la ruine sociale.

Autre facteur d’anxiété : l’incertitude. Pornhub dit ne plus utiliser Mixpanel depuis 2021. Mixpanel nie être la source. Les utilisateurs, eux, n’ont aucun moyen de savoir si leurs données figurent dans le lot. L’opacité ajoute à la menace. Sans repère temporel, il est impossible d’évaluer l’exposition. Le doute s’installe. Et c’est lui, désormais, qui agit comme levier de pression.

La peur comme produit d’appel

C’est une évolution dans les méthodes. Plusieurs analystes notent que les cybercriminels cherchent aujourd’hui à exploiter non plus des richesses, mais des vulnérabilités humaines. La peur devient la ressource stratégique. Plus besoin de paralyser un hôpital ou de faire sauter un réseau électrique : il suffit de menacer de publier un historique de recherches pornos. La rançon se négocie sur la base de la honte. Pas de la valeur.

Les spécialistes du secteur ne se font guère d’illusions : peu probable que Pornhub paie. Probable, en revanche, que les données finissent par circuler. En totalité ou par vagues. La mécanique est enclenchée. Et pour ceux qui sont concernés, la sanction est déjà là. Elle ne prend pas la forme d’un email, d’un procès, ou d’un blocage de compte. Elle se manifeste par une tension constante : savoir si, quand, comment les informations seront exposées.

Une attaque qui n’a pas détruit de serveurs, mais qui a touché un nerf. Et qui, à tout moment, peut exploser.



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